Un croissant dessiné par la Garonne
Face au centre, la Garonne ne coule pas droit. Elle décrit une large courbe, et les quais de la rive gauche la suivent, de la place de la Bourse aux Chartrons, comme le bord intérieur d'un croissant de lune. C'est ce méandre qui a donné son nom au port dès le Moyen Âge. Pendant des siècles, les navires s'y amarraient en pleine ville, et c'est cette image que peint Joseph Vernet au XVIIIe siècle, des voiliers serrés devant les façades.
Aujourd'hui, ce tronçon du fleuve, qu'on appelle aussi la rade de Bordeaux, vit surtout du tourisme et de la promenade. On voit bien la courbe depuis le pont de pierre, d'où l'on embrasse la façade des quais jusqu'à la place de la Bourse et au-delà. Plus en aval, le pont Chaban-Delmas se lève encore pour laisser passer les paquebots et les grands voiliers.
Le croissant sur le blason de la ville
Le premier blason connu de Bordeaux remonte à Richard Cœur de Lion, au XIIe siècle. En langue héraldique, la version qui s'est fixée se lit « De gueules ; à la Grosse Cloche ouverte, ajourée et maçonnée de sable et sommée d'un léopard d'or ; à la mer d'azur, ondoyée de sable et d'argent, chargée d'un croissant aussi d'argent ; au chef d'azur, semé de France. » C'est la description qu'en donne Meaudre de Lapouyade en 1913. Chaque pièce raconte un morceau de l'histoire de la ville.
| Sur le blason | Ce que c'est |
|---|---|
| Le fond rouge | « De gueules », la couleur de fond de l'écu. |
| La Grosse Cloche | Les tours de l'ancien hôtel de ville, dont il reste la Grosse Cloche, rue Saint-James. |
| Le léopard d'or | Le lion des Plantagenêts, rois d'Angleterre. Pendant la période anglaise, le blason en portait trois, et un seul est resté après 1453. |
| La mer ondée | La Garonne, en bandes ondulées. |
| Le croissant d'argent | Le port, en forme de croissant, d'où le nom de Port de la Lune. |
| Les fleurs de lys | Les armes du roi de France, en haut de l'écu, ajoutées à la place de deux lions anglais quand la ville est revenue à la France. |
| Les deux antilopes | Les supports, enchaînés et colletés d'une couronne fleurdelisée, qu'on lit comme les Anglais tenus par le roi de France. |
| La couronne de cinq tours | Une couronne murale, ajoutée au XIXe siècle, signe d'une capitale régionale. Elle remplace une couronne de comte, car la jurade de Bordeaux possédait le comté d'Ornon depuis le XVIe siècle. |
La devise, « Lilia sola regunt lunam, undas, castra, leonem », se traduit par « Les lys règnent seuls sur la lune, les ondes, la forteresse et le lion ». Elle relit le blason d'un bout à l'autre, le croissant, le fleuve, la Grosse Cloche et le léopard, pour affirmer que la ville appartient désormais au seul roi de France.
Les trois croissants entrelacés
Le logo de la ville reprend le chiffre de Bordeaux, appelé aussi petites armoiries, formé de trois croissants entrelacés. On ne le trouve pas avant le milieu du XVIIe siècle, sur les reliures des livres de prix du collège de Guyenne. Il orne ensuite la fontaine Saint-Projet, en 1715, puis la fontaine de la Grave, en 1788, et bien des façades et du mobilier urbain. Son sens fait débat. Les uns y voient les trois courbes de la Garonne, d'autres la Garonne, la Dordogne et la Gironde, ou les armes de Diane de Poitiers. Le plus probable reste le croissant unique du blason, triplé pour faire un motif décoratif plus équilibré, selon l'ancien maire Adrien Bayssellance.



Photos Bordeaux (Wikipédia en allemand) (CC BY-SA 3.0), Guallendra (CC BY-SA 3.0), Grand Parc - Bordeaux, France from France (CC BY 2.0), via Wikimedia Commons.
Deux mille ans d'histoire et leurs traces
Bordeaux a toujours vécu de son fleuve, du port gaulois à la métropole. Le tableau suit les grandes étapes, avec à chaque fois un lieu où en voir la trace aujourd'hui.
| Quand | Ce qui se passe | Où le voir aujourd'hui |
|---|---|---|
| IIIe siècle av. J.-C. | Les Bituriges Vivisques, un peuple celte, s'installent au plus tard à cette époque. Leur comptoir, Burdigala, commerce par la Garonne. | Les salles antiques du musée d'Aquitaine |
| Fin du IIe siècle | Burdigala, devenue capitale de l'Aquitaine romaine, atteint sa plus grande étendue. | Les vestiges de l'amphithéâtre, dit palais Gallien, 126 rue du Docteur-Albert-Barraud |
| Vers 290 | Un rempart ramène la ville de 150 à 32 hectares. | La rue des Remparts, qui en suit en partie le tracé |
| 1137 | Aliénor d'Aquitaine épouse le futur Louis VII. | La cathédrale Saint-André, consacrée en 1096 |
| 1154 | Aliénor, remariée, voit son époux Henri Plantagenêt devenir roi d'Angleterre. Bordeaux reste anglaise près de trois siècles et vend son vin outre-Manche. | Le léopard du blason |
| 1453 | Après la bataille de Castillon, la ville revient à la France. Le roi fait bâtir le château Trompette pour la tenir. | La place des Quinconces, sur l'emplacement du château |
| 1472-1492 | Construction du clocher de la basilique Saint-Michel, le plus haut du royaume à l'époque. | La flèche Saint-Michel, 114 mètres |
| 1730-1755 | Les Gabriel, père et fils, ouvrent la ville sur le fleuve par une place royale. | La place de la Bourse |
| 1773-1780 | Victor Louis construit le Grand-Théâtre, au temps où le port s'enrichit du commerce avec les Antilles. | Le Grand-Théâtre |
| 1822 | Le pont de pierre est achevé. Il barre la route aux grands navires, et le port glisse vers l'aval. | Le pont de pierre et les bassins à flot |
| 1870, 1914, 1940 | Trois fois, pendant une invasion, le gouvernement français se replie à Bordeaux. | Les collections du Centre national Jean Moulin, au musée d'Aquitaine |
| 1941-1943 | L'armée allemande bâtit une base pour ses sous-marins à Bacalan. | Les Bassins des Lumières, dans la base |
| 2003 | Le tramway revient, quarante-cinq ans après l'abandon de l'ancien, en 1958. | Le tram, qui longe les quais |
| 2007 | L'Unesco inscrit « Bordeaux, Port de la Lune » au patrimoine mondial. | Toute la façade des quais |
| 2013 | Le pont Chaban-Delmas, levant, est inauguré le 16 mars. | Le pont, entre Bacalan et le quai de Brazza |
| 2016 | La Cité du Vin ouvre au bord de la Garonne. | La Cité du Vin |
| 2017 | La ligne à grande vitesse met Paris à 2 h 04 en TGV direct. | La gare Saint-Jean et son hall 3 |
La part de la traite négrière
La richesse du XVIIIe siècle, celle des façades classées, doit beaucoup au commerce avec les colonies, et en partie à la traite. L'étude la plus complète recense 508 expéditions de traite organisées par des armateurs bordelais de 1672 à 1837, soit environ 11 % des expéditions françaises. La base de données Trans-Atlantic Slave Trade en compte 443, pour environ 133 000 captifs embarqués en Afrique, dont un peu plus de 112 000 sont arrivés en Amérique. Bordeaux armait aussi, et surtout, les navires qui rapportaient le sucre et le café des plantations esclavagistes, à Saint-Domingue d'abord. Le musée d'Aquitaine consacre à cette histoire un espace de 740 m², ouvert en 2009, et une plaque posée au MADD rappelle les liens de l'hôtel de Lalande avec l'esclavage.
Le port aujourd'hui en aval
Le port de Bordeaux est géré par le grand port maritime de Bordeaux, un établissement public de l'État, issu du port autonome créé en 1924 et transformé en 2008. Ses installations s'étirent le long de l'estuaire sur une centaine de kilomètres, à Bassens, Grattequina, au Bec d'Ambès, à Blaye, à Pauillac et au Verdon, à l'entrée de la Gironde. Les hydrocarbures font plus de la moitié de son trafic, entre 4,2 et 4,7 millions de tonnes par an, devant les engrais, d'environ 600 000 tonnes, et les céréales, le maïs du Sud-Ouest surtout, de 300 000 à 500 000 tonnes exportées selon les années.
Le Port de la Lune, lui, ne reçoit plus que les bateaux de passagers. En 2024, le port a compté 64 escales de paquebots et 67 000 croisiéristes sur ses trois terminaux de Bordeaux, Pauillac et Le Verdon. Le terminal du centre accueille, sur deux postes à quai, des navires de moins de 255 mètres, qui s'amarrent en plein patrimoine mondial. S'y ajoutent les bateaux de croisière fluviale, 172 croisières et 20 752 passagers la même année, qui font escale de Royan à Cadillac et à Libourne.

Le patrimoine mondial de l'Unesco
En 2007, l'Unesco inscrit « Bordeaux, Port de la Lune » sur la liste du patrimoine mondial, comme ville historique habitée. Le site couvre environ 1 800 hectares, près de 40 % de la commune, avec la Garonne, toute la façade des quais et un secteur sauvegardé de 150 hectares au cœur de la vieille ville. Une zone tampon de 3 725 hectares l'entoure. L'Unesco y compte 347 bâtiments classés, ce qui fait de Bordeaux la ville française la plus protégée après Paris.
L'Unesco retient l'unité de son architecture classique et néoclassique, sans rupture de style pendant plus de deux siècles, et deux mille ans d'échanges par le port, avec la Grande-Bretagne et les Pays-Bas en particulier depuis le XIIe siècle. L'inscription doit aussi au projet urbain lancé en 1995, avec le ravalement des façades, le tramway et la transformation des quais en promenade, qui a rendu la ville à son fleuve. Pour visiter ce patrimoine, voir que visiter à Bordeaux.
Questions fréquentes
Pourquoi Bordeaux est-elle surnommée le Port de la Lune ?
Parce que la Garonne y forme un large méandre en croissant de lune, au bord duquel le port et la ville se sont établis. Le nom est attesté depuis le Moyen Âge, et le croissant figure sur le blason de la ville depuis ses premières versions.
Que représente le blason de Bordeaux ?
Sur fond rouge, la Grosse Cloche, reste de l'ancien hôtel de ville, surmontée d'un léopard d'or, le lion des Plantagenêts. En dessous, la Garonne et un croissant d'argent, pour le Port de la Lune. En haut, une bande bleue semée de fleurs de lys, les armes du roi de France, ajoutées après la fin de la période anglaise.
Que signifient les trois croissants du logo de Bordeaux ?
C'est le chiffre de la ville, appelé aussi petites armoiries, qu'on trouve depuis le milieu du XVIIe siècle. Son origine est discutée. L'explication la plus probable en fait le croissant unique du blason, entrelacé trois fois pour former un motif plus équilibré.
Quelle est la devise de Bordeaux ?
« Lilia sola regunt lunam, undas, castra, leonem », soit « Les lys règnent seuls sur la lune, les ondes, la forteresse et le lion ». Elle lit le blason et rappelle que la ville est revenue au roi de France après près de trois siècles de domination anglaise.
Depuis quand Bordeaux est-elle au patrimoine mondial de l'Unesco ?
Depuis 2007, sous le nom « Bordeaux, Port de la Lune ». Le site inscrit couvre environ 1 800 hectares, dont la Garonne et la façade des quais, et l'Unesco y compte 347 bâtiments classés, plus que dans toute autre ville française en dehors de Paris.
Où se trouve le port de Bordeaux aujourd'hui ?
Le port de commerce s'est installé en aval, le long de l'estuaire, à Bassens, Grattequina, au Bec d'Ambès, à Blaye, Pauillac et au Verdon. Ses installations s'étirent sur une centaine de kilomètres. Dans le centre, seuls les paquebots de croisière de moins de 255 mètres accostent encore, sur deux postes à quai.
Sources
- Origine du surnom, inscription à l'Unesco, 1 800 hectares et zone tampon : fr.wikipedia.org/wiki/Port_de_la_Lune
- Valeur universelle, 347 bâtiments classés, plan de sauvegarde de 1988 : whc.unesco.org/fr/list/1256, lu le 21 octobre 2026
- Blasonnement de 1913, devise, supports, couronne, chiffre aux trois croissants : fr.wikipedia.org/wiki/Blason_de_Bordeaux, d'après Meaudre de Lapouyade, Les armoiries de Bordeaux, 1913
- Burdigala, rempart vers 290, période anglaise, Castillon, capitale de repli, tramway : fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Bordeaux
- Expéditions de traite et captifs : fr.wikipedia.org/wiki/Traite_négrière_à_Bordeaux, d'après l'étude d'Éric Saugera et la base Trans-Atlantic Slave Trade
- Statut du port, sites, port autonome de 1924, grand port maritime de 2008 : fr.wikipedia.org/wiki/Grand_port_maritime_de_Bordeaux
- Trafics, croisières maritimes et fluviales en 2024, terminal du centre : bordeaux-port.fr, pages « Filières et trafic » et « Croisière », lues le 21 octobre 2026
- Dates de la place de la Bourse, du Grand-Théâtre, de la flèche Saint-Michel, de la base sous-marine, du pont Chaban-Delmas : nos pages consacrées à ces lieux, et leurs sources
- Palais Gallien, adresse et avis : fiche Google (4,3 sur 5 sur 1 872 avis), relevée le 21 octobre 2026
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